Les Tréteaux de Chalamala

Discours 2014

Saint Nicolas 2014 – Discours du dimanche 7 décembre 2014

Bulloises, Bullois,
Gruériennes, Gruériens et Amis de partout,
Chers «Toutes», chers «Tous», mes chers enfants surtout,

Quelle joie ! Saint Nicolas apparaît avec sa cohorte céleste dans cette bonne Ville de Bulle pour la 70ème année consécutive, grâce à la complicité des Tréteaux de Chalamala. C’est un plaisir toujours renouvelé de retrouver surtout les enfants. Une nouvelle fois, vous étiez nombreux à patienter dans le froid hivernal pour accueillir ma venue. Et dieu sait que cet accueil chaleureux réchauffe le vieux cœur de Saint Nicolas ! Votre bonheur et votre joie font toute votre richesse. J’ai pu constater en effet que votre ferveur pour cette tradition vivante était demeurée intacte, et que, parmi vous, nombreux étaient ceux qui la découvraient pour la première fois.

Je suis venu pour vous donner les conseils d’usage, vous dispenser mes largesses tout au long de mes visites et surtout pour évoquer les évènements parfois tristes, parfois joyeux de ce monde, de ce pays, de cette ville que j’observe depuis mon paradis lointain.

Il y a précisément 69 ans, Henri Gremaud fondait les Tréteaux de Chalamala. La troupe théâtrale allait m’accueillir en grande pompe en cette ville, alors que le monde se réveillait avec la pituite matinale. La Seconde Guerre mondiale avait tu ses canons, l’heure était à un nouveau chapitre prédisant une paix durable pour le Vieux Continent. Pourtant, des gueules de bois, c’est ce que j’aperçois à l’autre bout de ma lorgnette paradisiaque ! Ce ne sont pas de bonnes nouvelles, alors que nous fêtons notre 70ème périple terrestre.

Le monde se réveille avec la gueule de bois ! Des claquements de bottes se font entendre en Crimée, en Ukraine et au Moyen-Orient. Des femmes, des hommes et des enfants surtout qui souffrent et qui doivent fuir devant tant d’atrocité. Cette année, la saynète de la Saint-Nicolas se voulait un clin d’œil d’espoir pour toutes ces familles. Intitulée « Au service secret de Saint Nicolas », texte de Jacques Tissot, mise en scène Jo Oberson ; la pièce retrace le parcours de réfugiés syriens. Lors de leur traversée périlleuse de la méditerranée, l’un des enfants tombe gravement malade. Arrivés à la frontière, le douanier refuse de les laisser entrer en Suisse… jusqu’à l’intervention de Saint Nicolas. En réalité, cette fin n’a pas été aussi heureuse pour tous. C’est un euphémisme que de parler de tragédie en évoquant le malheur de cette maman syrienne enceinte, qui a été rejetée de la frontière Suisse et qui a enfanté d’un bébé mort-né au début de cette année. La violence en Syrie n’a fait que trop durer et il est urgent d’y mettre un terme ! La guerre des religions refait-elle surface ? Parallèlement, l’islamophobie gagne la Planète. Saint Nicolas vous avertit : la peur est mauvaise conseillère. Il est temps que les dirigeants de ce monde s’accordent pour ramener la paix dans ces parties chahutées du monde.

La Suisse se réveille, elle aussi, avec la gueule de bois ! Bien sûr, même si Saint Nicolas est apolitique de fait, il a toujours beaucoup de plaisir à suivre de sa lucarne paradisiaque ces théâtres tragi-comiques que nous offre la politique avec ses décisions, ses votations et ses élections. C’est ainsi que le 9 février 2014 a des airs de 11 septembre 2001; tout le monde se souviendra de cette date qui fait figure de tremblement de terre (somme toute à l’échelon suisse, toute proportion considérée) ! Heureusement qu’en novembre dernier vous corrigiez le tir – à l’image du balancier, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre – et brisiez la bulle que certains voulaient imposer à la Suisse. Saint Nicolas vous met en garde contre l’extrémisme ambiant et ces dérapages qui peuvent incessamment dégénérer et devenir incontrôlables.

Bulle fait également pâle figure ! La ville a mal à son aménagement du territoire. Que de bulles dans ce domaine sensible ! A ce propos, ce n’est pas la première fois que Saint Nicolas fait part de son souci quant à cet aménagement qui fait grandir un malaise avec de fortes poussées d’urticaire chez vos élus : perte des espaces verts, chicanes de toutes sortes, alignement de cubes tels des boîtes à chaussures. La perte en qualité de vie et la croissance démesurée qui déforme le paysage bullois font que « les Bulloises et Bullois » ne se reconnaissent plus dans leur ville! Mais que font vos autorités ? A se demander si, en empilant les immeubles qui poussent comme des champignons vénéneux, elles ne cherchent pas la provocation ? Preuve en est, cette réaction citoyenne avec sa pétition contre le béton. L’histoire est un perpétuel recommencement, dit-on. Bulle a l’esprit réfractaire qui coule dans ses veines. Cette résistance qui s’organise, ce soulèvement populaire a des goûts de reviens-y, si l’on songe à la révolte de Pierre-Nicolas Chenaux le 3 mai 1781, à l’émeute de Bulle le 23 novembre 1944, toute proportion gardée et comparaison n’étant pas raison. Saint Nicolas en appelle à la raison ; je vous remémore ce bon conseil que je vous donnais il y a de cela quelques années : attention à trouver le juste équilibre entre densification à tout prix, espaces verts sacrifiés, qualité de vie, tranquillité, mobilité, parkings supprimés, autant de sujets difficiles à concilier, mais indispensables à traiter dans l’intérêt général bien compris. Et puis, un virus – pas l’Ebola bien sûr – a touché vos élus qui sont atteints soudain de « démissionite » aiguë. Pas de fièvre, mais une grosse rage ! Certes, l’effet de piqûre n’est que passager et il faudra bien trouver un autre remède plus efficace. Trêve de pessimisme et de mauvaise humeur ! Fini mes coups de gueule ! Fort heureusement, il est des événements qui sont bien plus réjouissants que ceux-là.

Au début de l’année, les pinsons du Nord étaient de retour chez vous par milliers. Plus d’un million d’oiseaux ont envahi la forêt proche. Le phénomène est extraordinaire et mystérieux. Ils ne se dérobent pas au regard ; ils présentent des jeux de voltige qui donnent le tournis. Mais c’est aussi une histoire d’oiseaux et de champignons qui poussent dans les sous-bois recouverts d’une couche de fientes. Comme quoi rien ne se perds, rien ne se crée … Comme quoi les croutes aux champignons …

Cette année 2014 a été rythmée par de grands évènements sportifs. On a retrouvé des Suisses conquérants à Sotchi ; avec les Villeta, Cologna, Gasparin, Gisin, Gut, c’est une moisson de médailles d’or, d’argent et de bronze engrangées. Incroyable Wawrinka qui a surfé sur le succès et ramené le saladier d’argent de Melbourne. Au début de l’été, c’était la Coupe du Monde 2014 de football. Après des débuts cauchemardesques pour la Suisse ridiculisée par la France, votre équipe nationale s’est fait pardonner avec sa qualification pour les huitièmes de finale. Et l’aventure brésilienne s’est arrêtée là, sur un contre argentin ! En marge de cet évènement, les Brésiliens ont manifesté, pas qu’ils étaient contre la Coupe du Monde, mais parce qu’ils voulaient montrer qu’ils s’opposaient à la façon d’organiser l’évènement en regard des grands défis qui attendent toujours leur pays ; ils sont comme sœur Anne, ils ne voient toujours rien venir … Revenons sur un sport plus de saison avec le hockey sur glace et votre équipe fétiche Fribourg-Gottéron qui se traîne désespérément en dessous de la barre. La crosse de ce brave entraîneur Zenhäusern ne porte pas encore tous ses fruits. Il devrait emprunter la crosse de St Nicolas qui … Cocorico ! Wawrinka et Federer ont offert à la Suisse son premier Saladier d’argent en Coupe Davis. Un bel esprit d’équipe a soufflé durant tout le tournoi de Lilles. Permettez à St Nicolas cette petite dérision : si les Français avaient battu la Suisse, nous aurions quand même eu une partie de la victoire puisque ces joueurs habitent en majorité en Suisse… Question de privilège fiscal…

Saint Nicolas tient à féliciter quelques animateurs culturels de la région bien méritants. Centranim a soufflé les dix bougies de son espace de rencontres et de loisirs, tandis que le téléphérique de Moléson a fêté ses 50 ans. Pour marquer ce jubilé, d’intrépides funambules amateurs de highline se sont baladés sur un fil au sommet du Moléson et ont tutoyé le ciel. Décidément, au Moléson, tout est bon ! Revenons sur terre ! Avec une mention spéciale et des félicitations pour le Musée Gruérien qui a fait connaître cette cité bien au-delà de votre région avec notamment ces expositions « Identités italiennes » – qui, soit dit en passant, démontre combien l’intégration s’est faite – ….. et « Images de St Nicolas » à l’occasion de notre 70ème venue consécutive. Last but not least. Après plus de 140 ans d’une aventure familiale, le rideau est tombé ; Marie-Rose Corminboeuf-Biner, arrière-petite-fille du fondateur de Biner-Pinaton, a rendu son tablier. Bravo pour cette belle longévité !
Une mention toute spéciale pour Mi-Rose qui fut tour à tour secrétaire des Tréteaux de Chalamala et secrétaire particulière de Saint Nicolas pendant des décennies.

Saint Nicolas a eu à nouveau quelques sueurs froides suite à la polémique en Hollande autour du Père Fouettard, son fidèle compagnon. Rien de raciste pourtant dans sa couleur qu’il doit au fait qu’il descend par les cheminées pour apporter les cadeaux et que le noir leur confère cette invisibilité. Ainsi, les jours de mes Noirs compagnons ne sont pas comptés.

Ce 70ème périple terrestre consécutif s’inscrit dans la droite ligne des précédents. Ainsi, la « Tradition vivante » de la St-Nicolas à Bulle est bien vivante. Et c’est encore Henri Gremaud qui doit être fier et rempli de joie. Quel plus bel hommage que ce 70ème périple terrestre consécutif pouvait-on lui offrir !. Comme ces années passées, ce sont plus de 300 km parcourus avec notre Jeep paradisiaque, quelques 100 visites avec plus de 150 familles et plus de 500 enfants rencontrés pour les féliciter des bons résultats obtenus à l’école, leurs prodiguer mes bons conseils et les récompenser. Ceci sans compter les visites des écoles enfantines des garderies des homes pour personnes âgées, de l’hôpital et d’autres visites spéciales. Vous êtes nombreux à m’accueillir dans la joie et la liesse ; alors, chers parents, ayez un peu de compréhension pour les horaires parfois incontournables que nous vous imposons. Saint Nicolas sait très bien que vos chères têtes blondes ne sont de loin pas tout le temps couchés si tôt, pendus qu’ils sont parfois à la télévision ou à leur ordinateur. Alors, merci de votre patience et de réserver un bon accueil à ma secrétaire, que j’aimerais remercier ici particulièrement.

C’est sur cette note positive et pleine d’espoir que Saint Nicolas et sa cohorte céleste vont prendre congé de vous. C’est avec un plaisir toujours renouvelé que Saint Nicolas vient en Gruyère, à Bulle, pour vous rencontrer. Et j’aurai certainement encore le plaisir de vous retrouver ce soir, à Bulle, à l’Hôtel-de-Ville, où vous pourrez participer aux lotos, et recevoir un de ces fameux biscômes, confectionnés tout exprès dans nos grands ateliers paradisiaques.

Merci de votre fidélité et de votre chaleureux accueil. Saint Nicolas vous serre contre son vieux cœur et vous dit à bientôt ! Un bon décembre, de bonnes fêtes, et à l’année prochaine. Saint Nicolas vous bénit !

Et maintenant que la fête pour célébrer la 70ème venue consécutive dans cette bonne ville de Bulle commence !
Saint Nicolas, Evêque de Myre,

par procuration : Jean-Bernard Tissot

Bulle, le 7 décembre 2014 / JBT