Les Tréteaux de Chalamala

Discours 2015

 

Bulloises, Bullois,

chers Gruériens et amis de partout, mes chers enfants, surtout,

Quelle joie ! Saint Nicolas et sa cohorte céleste font escale à Bulle pour la 71ème fois consécutive. C’est pour votre saint préféré un plaisir toujours renouvelé que de descendre dans la cité, invité par les Tréteaux de Chalamala qui maintiennent la tradition, et surtout de retrouver les enfants, qui sont sa joie, son bonheur, sa richesse. Des enfants qui prennent une plume malhabile pour écrire à Saint Nicolas leur espoir de le rencontrer.  « Cher Saint Nicolas, écrivent-ils, j’espère que tu vas bien. On a été bien sages toute l’année à l’école et à la maison. On aimerait beaucoup que tu viennes à l’école de Tania, on t’a préparé une surprise. On t’aime de tout notre cœur ». Signé d’une ribambelle d’enfants qui désirent la visite de leur protecteur. Ou encore : « Est-ce que tu pourrais venir à l’école de la Léchère pour qu’on puisse te chanter la chanson et dire les poésies qu’on a préparées ? Et on te dit MERCI pour les bons biscômes de l’année passée. On t’aime très fort. Signé : Les Matelots et les Moussaillons de la classe de Carole ».

Juste retour des choses, c’est maintenant à Saint Nicolas de remercier ces enfants pour leur invitation, ces petits protégés qui ont demandé à rencontrer leur saint patron. Il est bien sûr venu avec plaisir dans leurs écoles, et vécu ces instants privilégiés. Merci, mes chers enfants, vous avez mis du baume sur le vieux cœur de Saint Nicolas en lui adressant vos messages pleins de spontanéité et dépourvus de tout calcul, c’est l’innocence dans toute sa splendeur. Surtout restez tels que vous êtes, mes chers enfants, il sera bien assez tôt quand viendra le temps de plonger dans le monde des adultes.

Voilà qui contraste fortement avec d’autres messages, venant d’adultes cette fois, disant en substance que cette année la visite de Saint Nicolas ne se fera pas, car elle choquerait certains parents dans leur croyance ou infantiliserait les personnes visitées. C’est assez triste de voir cette tradition rejetée  alors qu’elle est éminemment populaire et absente de tout prosélytisme. Et il faut relever que ces messages ne proviennent pas forcément, comme on pourrait le croire, d’extrémistes religieux tels qu’on les imagine. Libre à chacun de croire à ce qu’il veut, même au Père Noël,  pourvu qu’il ne tente pas d’imposer aux autres sa manière de penser. Saint Nicolas est venu apporter un message de paix, de tolérance et d’amitié, avec en plus un peu de rêve et de magie, et rien de plus.

Et si, pour changer, nous passions à d’autres événements dans notre bonne ville de Bulle et en Gruyère ? La valse est très tendance actuellement, c’est le flux et le reflux des idées. La Commission d’aménagement qui démissionne en novembre pour revenir en mars. Les Francomanias qui jouent les coucous en s’installant sur le siège des Rencontres théâtrales pour le libérer un peu plus tard, quittant l’Hôtel de Ville pour Espace-Gruyère et s’apercevant qu’après tout, ce même Hôtel de Ville convient très bien. Même va-et-vient dans la gestion des hôpitaux, mais là, on commence à être habitués et on attend le prochain changement de cap avec fatalisme.

Saint Nicolas ne voudrait pas être perçu comme un rabat-joie, car du haut de son nuage il trouve toujours matière à rire de bon cœur. Les mangeurs de verdure auront affaire à l’ADEV, association créée pour que le peu d’espaces verts à Bulle ne virent pas au gris béton. Ce besoin de chlorophylle se fait encore sentir dans le projet de la Tioleire, qui veut créer un parc urbain de nature et d’agriculture, y faire pousser des pommiers et autres plantes avant que des bétonneurs s’y intéressent. Même réflexion chez les initiateurs du parc Loretan, consacré à Erhard, l’enfant du pays, où un mémorial discret et quatorze pommiers symbolisent les quatorze 8’000 escaladés par notre incroyable alpiniste. Et puis il y a encore le mot tabou, celui qui commence par GA et finit par BION, le mot qui additionne les opposants, multiplie les insatisfaits, soustrait les finances communales et divise les autorités. Ce filet rempli de cailloux aura fait couler beaucoup d’encre et attiré sur lui les foudres de l’homme de la rue, comme aussi le détournement sur les réseaux sociaux par la dérision. Il est vrai qu’il n’est pas facile de concilier les intérêts de Pierre, Jacques et Jean, tous voulant le bien de leur ville mais ne la regardant pas avec les mêmes lunettes. Nos autorités ont donc fort à faire et Saint Nicolas leur souhaite bon courage pour le futur.

Même s’il est traditionnellement apolitique, Saint Nicolas ne peut passer sous silence le combat des chefs qui a vu s’écharper les deux régionaux de l’étape que sont Christian et Jean-François, dans la quête du perchoir au Conseil des Etats. Combat épistolaire seulement, nous avons affaire à des gens de bonne compagnie qui savent se tenir. Une fois les stylos encapuchonnés et le calme revenu, ils retournent boire ensemble leur bière au bistrot en se tapant sur l’épaule.

Il faut encore dire un mot à propos de notre bon Préfet Patrice. Il n’a pas la tâche facile. Il doit se draper dans la toge du Roi Salomon pour séparer les irréductibles, se démener et se démultiplier pour jouer son rôle d’organisateur, pacificateur, médiateur, décideur et visionnaire. Il en a, des visions d’avant-garde, comme celle de fusionner les 25 communes de la Gruyère en une seule qui grouperait 52’000 habitants. Pourquoi pas ? Mais nous lui souhaitons aussi bonne chance pour rallier tout ce monde à ce projet. Notre bon Préfet réunissait récemment les acteurs de la culture en Gruyère, toutes disciplines et tendances confondues. Résultat pas trop étonnant : l’argent, toujours l’argent qui manque, c’est partout et dans tous les domaines le même refrain. Pour terminer, un petit couplet sportif. Nos félicitations à La Corrida bulloise, qui a fêté les 40 ans de son existence en voyant le Genevois Tadesse Abraham vaincre dans l’élite et apporter sa victoire à la Suisse 22 ans après Pierre Délèze. Bravo à Abraham qui n’a pas eu besoin d’un tas d’essais pour damer le pion à l’armada africaine qui le talonnait. Dommage seulement que les taureaux de Camargue attendus pour animer la course aient été stoppés par les gabelous à la frontière. Ah, la toute puissance du fonctionnaire quand il manque un tampon sur un papier !

Et le scoop de dernière minute : Yves, notre syndic, ne veut pas rempiler en 2016. Sa haute silhouette et ses bouclettes dorées vont bien manquer dans le paysage bullois, et on imagine déjà la foire d’empoigne pour sa succession.

Enfin, et pour clore, Saint Nicolas vous propose un rendez-vous. Ce soir, au loto des adultes, vous pourrez suivre grâce à la traditionnelle saynète les activités de la Cafétéria du Paradis, où des hôtes improbables rencontrent la Reine Néfertiti, et vous recevrez le non moins traditionnel biscôme au miel du Paradis, bourré de vitamines et souverain, paraît-il, contre les grippes de toute provenance et les refroidissements.

Bulloises, Bullois, gens de partout, votre accueil chaleureux a été apprécié, Saint Nicolas s’est présenté à vous en simple évêque de Myre, et vous l’avez reçu comme un pape. Merci à tous de l’avoir écouté, à vous surtout, enfants de mon coeur, Saint Nicolas vous souhaite d’excellentes fêtes de Noël et de Nouvel-An, vous serre sur son vieux cœur et vous bénit !