Les Tréteaux de Chalamala

Discours 2011

Bulloises, Bullois, chers Gruériens et amis de partout, mes chers enfants, surtout,

Quelle joie ! Saint Nicolas et sa cohorte céleste font escale à Bulle pour la 66ème fois consécutive. C’est pour lui un plaisir toujours renouvelé que de descendre en cette bonne ville, invité par les Tréteaux de Chalamala qui maintiennent la tradition sans faillir, et bien sûr de retrouver les enfants, qui font notre bonheur.

De son Paradis lointain, Saint Nicolas a une vue imprenable sur les événements de ce pays, tristes ou joyeux, et qu’il répertorie avec assiduité depuis des lustres. Il voudrait surtout rappeler les événements heureux et roboratifs, mais il faut bien constater que tout n’a pas prêté à rire ou se réjouir en 2011.

Commençons par l’heureux 40ème anniversaire que fête le droit de vote des femmes en Suisse. Il était temps ! Plus fort, les moniales du Carmel ont célébré les 75 ans de leur installation au Pâquier, dans une oasis de sérénité et de plénitude.

Encore plus fort, notre inoxydable Bullois Pierre Gremion fêtera, lui, ses 110 printemps le 5 mars prochain, bon pied bon œil. Nos félicitations à ce cher Pierre, patriarche incontesté de la Suisse !

D’autres ont eu moins de chance. Erhard Lorétan, enfant du pays et formidable grimpeur, meurt dans une ascension banale à 52 ans, lui qui avait touché le ciel en gravissant tous les plus hauts sommets du monde.

Dans un tout autre registre, il y a 20 ans mourait Netton Bosson, artiste d’exception capable d’exprimer la beauté aussi bien avec le pinceau qu’avec la plume.

Et bien sûr, même si Saint Nicolas est apolitique de fait, les élections communales et cantonales lui inspirent des sentiments mélangés. D’abord, il félicite celles et ceux dont le nom a jailli des urnes. Habemus praefectoram ! Pardonnez le latin de cuisine, c’est pour souhaiter la bienvenue à Patrice, qui saura certainement succéder à Maurice, ici dans le majestueux bâtiment qui vous fait face. Maurice, qui il y a juste quelques heures, a retrouvé une place de travail à l’Etat de Fribourg … Dans la foulée, merci aux électeurs de Patrice d’avoir contribué à garder Raoul rien que pour les Bullois.

Pour d’autres fonctions, Saint Nicolas est très content de voir un collègue Bullois pur sucre accéder à l’épiscopat de Lausanne, Genève et Fribourg : bienvenue à Charles Morerod, l’évêque qu’on avait fini par ne plus attendre tant il s’était fait désirer.

Saint Nicolas montre une admiration sans bornes pour ces hommes et femmes qui se dévouent, sacrifient leurs loisirs et parfois leur vie de famille à la chose commune. Mais qu’est-ce qui fait courir l’homo politicus ? Certainement pas l’argent ; mais alors la gloire éphémère, le pouvoir tout relatif, ou l’irrépressible besoin de servir une cause dont la noblesse nous échappe parfois ? Un peu de tout ça certainement, avec en plus une formidable confiance en lui-même. Chaque candidat au pinacle doit se persuader et essaie de persuader l’électeur qu’il est meilleur que l’autre et est investi d’une mission qui rendra le monde meilleur. Justice, prospérité, égalité, bien-être, et pourquoi pas l’amour divin, voilà ce que nous promettent les candidats à coups de slogans fleurant bon des lendemains enchanteurs. “Pensez à moi, je penserai à vous !” En attendant les retombées bénéfiques de ces altruistes pensées, nous avons aujourd’hui un mot de reconnaissance pour tous les politiques qui se dépensent sans compter et vont au casse-pipe en risquant une mémorable veste. Oui, sans ironie aucune, Saint Nicolas vous remercie, chers politiciens heureux ou malheureux, de vous consacrer à la chose publique.

Notre bonne ville de Bulle a grandi, et grandit encore à un rythme effrayant, les bâtiments poussent comme champignons après la pluie, et même plus vite sans la pluie, les prix prennent l’ascenseur. Mais que faire ? Espérons seulement que la bulle immobilière n’éclate pas comme la grenouille de la fable. La construction se porte bien, même sur les sommets. Là-haut, on a failli défigurer notre mythique Moléson, notre Fuji-Yama à nous, avec une antenne bariolée et disproportionnée, fichée comme une seringue dans la montagne. Levée de boucliers indignée de toutes parts. On n’avait hélas pas vu que le mal était déjà sournoisement installé, avec une gare d’arrivée moche et mal intégrée, un bubon, un phlegmon, aussi incongru qu’une verrue sur le nez d’une jolie fille. Il faudra vivre avec, et savoir que la lecture de la feuille officielle est parfois intéressante.

Dégât collatéral à l’augmentation de population, le bruit et les nuisances sont mal reçus par la population urbaine. Bruit des 300 noires et assourdissantes corneilles, qui avaient immigré massivement au Jardin Anglais, et qui sont reparties quant elles ont bien voulu en laissant leurs déjections. Bruits encore, de civils incivils, qui troublent la quiétude des nuits bourgeoises et comme les corneilles, criaillent et laissent des traces à peine plus ragoûtantes. L’installation qui ne fait pas de bruit, par contre, c’est bien celle des vélos électriques en libre service à Bulle. Très utiles pour ceux dont les forces viennent à diminuer ou manquer, qui peuvent ainsi pédaler presque sans effort ! Voilà cependant un message contradictoire envoyé au bon peuple. D’un côté on lui demande d’économiser l’électricité, de l’autre on l’incite à en dépenser : allez comprendre la logique !

Et puis, sans vouloir donner dans la sinistrose, il y a la situation économique préoccupante autour de l’île bénie des dieux qu’est la Suisse, encore préservée pour l’instant. Nos voisins plus ou moins lointains ont trop longtemps vécu à crédit, mangé leur blé en herbe, dépensé plus qu’ils n’ont gagné, distribué des privilèges. Et maintenant qu’il faut passer à la caisse, comme toujours le petit peuple est prié de se déboutonner pour éponger les dettes monstrueuses. On lui demande de se serrer la ceinture de plusieurs crans, lui déjà étranglé de toutes parts et qui risque de perdre ce dont personne ne devrait être privé, l’espoir. Et en prime, nous avons droit maintenant aux avis des experts quant au pourquoi du passé et au comment de l’avenir, ces mêmes gourous qui n’ont pourtant rien vu venir. Oui, Saint Nicolas a ce soir une pensée pour tous ceux qui doivent subir les effets de la dure loi de l’économie, et il est de tout cœur avec eux.

Et puis, il y a encore vous, mes chers enfants, qui êtes dans l’insouciance de votre âge, et que toutes ces préoccupations d’adultes ne concernent pas. Saint Nicolas est votre protecteur, il est là, même si vous ne le voyez que trop rarement, et il veille sur vous. Restez tels que vous êtes, mes chers enfants, vivez votre jeunesse, faites provision de belles choses et engrangez de beaux souvenirs, de ceux qui sont doux aux cœurs lassés lorsque vient l’âge.

Enfin, et pour clore, Saint Nicolas vous propose un rendez-vous. Ce soir, au loto des adultes, vous pourrez apprendre grâce à la traditionnelle saynète comment la fabrication des biscômes a frisé la catastrophe, et recevoir le non moins traditionnel biscôme au miel du Paradis, bourré de vitamines et souverain, paraît-il, contre les grippes de toute provenance et les refroidissements.

Bullois, Bulloises, gens de partout, vous surtout, enfants de mon coeur, merci d’avoir écouté Saint Nicolas, qui vous souhaite d’excellentes fêtes de Noël et de Nouvel-An, vous serre sur son vieux cœur et vous bénit !

4 décembre 2011