Les Tréteaux de Chalamala

Discours 2007

Bulloises, Bullois, chers Gruériens et amis de partout, mes chers enfants, surtout,

Quelle joie ! Saint Nicolas et sa cohorte céleste font escale à Bulle pour la 62ème fois consécutive. C’est pour eux un plaisir toujours renouvelé que de revoir cette bonne ville, invité par les Tréteaux de Chalamala qui maintiennent la tradition sans faillir. C’est aussi l’occasion de remercier ceux qui en furent les fondateurs, et les artisans d’aujourd’hui qui assurent sa pérennité, et bien sûr de retrouver les enfants, qui font notre bonheur.

De son Paradis lointain, Saint Nicolas est aux premières loges pour observer les événements de ce pays, tristes ou joyeux. Il a remarqué que l’année est résolument entrée dans l’ère écologique. C’est presque une nouvelle religion. On n’entend plus parler que de développement durable, réchauffement climatique, économies d’énergie et de société à 2000 watts, au fur et à mesure que les ressources énergétiques s’amincissent. Les puits de pétrole tirent la langue, les glaciers descendent et les mers montent, les déluges provoquent des inondations gravissimes. Et bien sûr les prix prennent l’ascenseur, alors qu’ils pourraient prendre l’escalier, en cette période de pénurie d’énergie !

Bien sûr, il est très dur de voir un ours blanc patauger dans la glace fondante ou un cormoran englué dans le pétrole. Mais n’exagérons pas ! Demain, ce sera les plaies d’Egypte et leur cortège de calamités, nous promettent les gourous, à moins que nous ne changions radicalement notre manière de vivre. L’homme, en toute bonne foi, pense maîtriser l’évolution du climat en percevant des taxes sur le CO2, en achetant des permis de polluer à ceux qui n’en ont pas les moyens. Certains voudraient même empêcher les vaches de trop péter, ce qui fait des trous dans la couche d’ozone, c’est bien connu. Gardons les pieds sur terre ! Saint Nicolas, en bon évêque, reste sérieux comme un pape et s’il trouve tout à fait sain de vivre sainement, d’éviter de polluer et gaspiller, il se méfie des extrémistes de tout poil.

Car du poil, il y en a eu cette année : les chiens ont fait l’objet d’une loi, on a vu des moutons multicolores sur les affiches et même en ville, un bouc utilisé comme mascotte et le loup faire un come-back retentissant dans le canton. Etonnamment, lui ne fait aucune différence entre les moutons noirs et blancs lorsqu’il s’agit de les croquer, ils doivent sûrement avoir le même goût de terroir.

Toute cette ménagerie a relégué certains événements au rang d’anecdotes, en vrac : la violence de la jeunesse, les arbitres agressés, le vandalisme à l’alpage, les 8 millions détournés par une fiduciaire, et plus souriant, les Rencontres théâtrales, la parution de l’Affaire Tournesol en patois gruérien, les Fêtes musicales, le salon des Goûts et Terroirs, la Corrida bulloise, la société des Armaillis qui refuse l’entrée aux grahiâja, entendez : aux dames. Et puis encore notre journal préféré change de rédacteur en chef tout en fêtant ses 125 ans. Bon anniversaire, La Gruyère !

Bien que résolument apolitique, Saint Nicolas a observé d’un œil amusé la fourmilière des élections fédérales. Parce que plusieurs natifs du grand Bulle étaient sur la sellette. Ils font honneur à leur pays et à leur famille, les Géraldine Savary, Thérèse Meyer-Kaelin, Christian Levrat, Jean-François Rime, sans oublier Jacques Morand qui préside le Grand Conseil. Honneur aussi à notre syndic Jean-Paul Glasson qui lève le pied fédéral et se consacre entièrement à sa chère commune.

D’autres événements sont comme les hérissons : ils ne manquent pas de piquant et font les gorges chaudes de la population. Normal, pour du chauffage à distance ! Bulle, depuis plusieurs mois, montre ses tripes, ouvre et referme ce ventre où fourmillent des tuyaux et câbles de toutes sortes, transportant l’eau, l’électricité et d’autres matières indéfinissables. Traverser la ville est devenu une étape de Paris-Dakar, même les GPS en perdent la tête.

Pas facile, il est vrai, de gérer une opération de ce calibre sans faire une majorité de mécontents. Il est vrai qu’en ce domaine, chacun d’entre nous se sent une âme d’expert et aurait sa solution urbanistique à proposer. Mais pour certains, l’opération à cœur ouvert vire au cauchemar. Allez demander aux commerçants qui voient leur magasin déserté de patienter encore et encore : ils se trouvent bien seuls devant les résultats financiers misérables, alors que leurs engagements doivent tout de même être honorés.

Et puis il y a la fameuse route H 189, qui va coûter un paquet de millions supplémentaires. Franchement, Saint Nicolas n’est pas plus étonné que vous ! Voyez l’exemple donné par les transversales alpines, où les dépassements pharaoniques se chiffrent en milliards ! D’autres mauvais exemples ne manquent pas, et il va falloir attendre le bouclage des comptes pour savoir si la H 189 aura la moyenne. Comparaison n’est pas raison : mais pourtant, depuis le temps qu’on creuse des trous et qu’on les rebouche, on devrait pouvoir calculer et anticiper les coûts. On est plutôt expert dans le dorage de pilule pour la faire mieux passer, et les plates explications à l’heure des comptes n’intéressent plus grand monde, le contribuable ayant une faculté d’oubli étonnante. Heureusement, il semble établi que la route de contournement ne soit pas devenue une route de détournements …

Dans un tout autre domaine, l’aventure du fromager Abdulla est attristante. Voici un Charmeysan qui a le tort d’être d’abord Kosovar et sans papiers réglementaires, mais fromager expert en salage et travaillant depuis 12 ans en Suisse. On le prie avec la plus grande fermeté d’aller saler chez lui, parce que bien sûr la loi est la même pour tout le monde, et que si on commence à garder tous ceux qui ont passé 12 ans à travailler chez nous, où va-t-on ? ça n’est pas dans les habitudes de Saint Nicolas, mais là, il doit décerner un bonnet d’âne à ceux qui appliquent la loi sans état d’âme.

Enfin, et pour clore, Saint Nicolas vous propose un rendez-vous. Ce soir, au loto des adultes, vous pourrez suivre grâce à la traditionnelle saynète, les pérégrinations d’une troupe de baladins, et recevoir le non moins traditionnel biscôme au miel du paradis, bourré de vitamines et souverain, paraît-il, contre les grippes et les refroidissements.

Bullois, bulloises, gens de partout, vous surtout mes chers enfants, merci d’avoir écouté Saint Nicolas, qui vous souhaite d’excellentes fêtes de Noël et de Nouvel-An, vous serre sur son vieux cœur et vous bénit !

2 décembre 2007