Les Tréteaux de Chalamala

Discours 2005

Bulloises, Bullois, chers Gruériens et amis de partout, mes chers enfants, surtout,

Aujourd’hui est un jour particulier pour Saint Nicolas et sa cohorte céleste de Pères Fouettards et de Flonflons. Eh oui, c’est pour la 60ème fois consécutive qu’il descend à Bulle, grâce à la complicité des Tréteaux de Chalamala qui, année après année, ont fourni sans défaillir la logistique nécessaire. Oh bien sûr, sa cour n’est pas celle d’un grand d’Arabie comme le fameux Abd El Kader avec toute la smala, mais il faut durer, et c’est là le plus difficile. Des efforts bien volontiers consentis, car Saint Nicolas a reçu en retour mille fois ce qu’il a modestement donné. C’est vous, chers enfants de mon cœur, qui l’avez accueilli comme un roi. Dans vos yeux brillants, dans la joie qui les illumine, il a puisé la motivation de continuer la tradition que lui ont léguée les anciens. Et il n’est pas rare de rencontrer ensemble, au gré des visites de familles, l’enfant, son père et son grand-père qui tous ont été fidèles à l’Evêque de Myre. Cette petite flamme qui anime leur visage est sa récompense, sa lumière, sa joie.

Merci à tous ceux qui en furent les fondateurs, les artisans et les mainteneurs jusqu’à aujourd’hui, et merci à ceux qui lui permettent de continuer, compagnons de la Confrérie à qui la tradition doit d’exister encore : Josiane, Colette, Ulrich, Jean-Bernard, Xavier et les autres, parmi tant d’autres.

En lorgnant du côté de Fribourg, grande fête aussi de Saint Nicolas qui fête, lui, le centenaire de son arrivée. Serait-ce que Bulle a 40 ans de retard sur la capitale, en matière de Saint Nicolas seulement, entendons-nous bien ? Sûrement pas, et il n’y a aucune concurrence entre eux, Saint Nicolas étant universel et chacun ayant bien assez à faire chez lui. Bon anniversaire, amis de Fribourg !

Et puis il y a les événements de ce pays que Saint Nicolas se plaît à évoquer, parfois tristes, parfois joyeux.

Il y a les Gruériennes pur sucre, Anne-Claude Demierre qui accède à la présidence du Grand Conseil et Thérèse Meyer-Kaelin à celle du Conseil National, portant ainsi leur coin de terre au pinacle. Quant à Christina Liebherr, dans un tout autre domaine, elle se paie tout simplement une médaille d’argent aux championnats d’Europe de saut à cheval. Sachez encore, chers amis, que Patrick Klaus, natif de Vuadens, a été consacré plus bel homme de Romandie, tête bien faite et bien pleine.

Serait-ce la commémoration de l’incendie de Bulle en 1805 qui fait effet ? La commune de Bulle entreprend sur plusieurs années un lifting royal de 30 millions de francs, en rendant courbes les rues droites, et bombées celles qui sont planes. Le piéton sera roi. Heureux pays où on se paie le luxe de défaire ce qui a été fait à grand renfort de millions, dans le but avoué d’envoyer les voitures, ces pelées, ces galeuses, se faire voir sur la H189. En cumulant le 20 à l’heure, le 0.5 pour mille, la chasse à la mal-bouffe, la mise au ban de la fumée et les campagnes pour le bien-boire et le bien-manger, plus personne n’aura d’excuse de ne point devenir centenaire. Vous êtes donc priés d’imiter Pierre Gremion, doyen de Bulle, qui va allégrement sur ses 104 ans avec toute sa tête et ses jambes, et à qui va toute l’admirative considération de Saint Nicolas.

Pléthore d’expositions dans la Cité des goûts et terroirs, à boire et à manger avec le salon Aqua, la Semaine du goût, le Comptoir gruérien, où s’est illustré notre préfet dans l’exercice apparemment anodin de la tyrolienne, qui parfois gagnerait à être simplement chantée. N’est pas Charlot au cirque qui veut ! Bon rétablissement, cher Préfet, revenez-nous frais et dispos !

Pour la 11ème fois, les Rencontres théâtrales, rendez-vous bisannuel du théâtre d’amateurs, affichent le sourire de ceux qui ont rassemblé avec succès des troupes éprises de la même passion. Grise mine par contre pour les tireurs, le stand tout beau tout neuf, – et tout cher -, a été refusé en votation populaire. Et la scierie Despond a eu chaud, très très chaud, en échappant à l’embrasement total.

Et puis encore, et cerise sur le gâteau du mariage de Bulle et La Tour-de-Trême, voulu par ses habitants. Les noces vont se consommer tout bientôt, même si quelques réticents y voient le taureau bullois brouter les vertes prairies touraines et les Tourains perdre une partie de leur âme. C’est un mariage de raison, et chacun sait que très souvent les unions résultant des passions les plus torrides ne sont pas les plus solides. La Trême n’est plus une frontière, elle deviendra au contraire le symbole du rassemblement. En attendant, chers Touraines et Tourains, la plus cordiale bienvenue vous est souhaitée par les Bulloises et les Bullois !

Elections à Bulle : bien que résolument apolitique, Saint Nicolas observe d’un œil amusé le bal des chaises musicales, Jean qui pleure et Jean qui rit. Bienvenue donc aux plus hauts commis de la Commune élus ou réélus, et grand merci à ceux qui n’ont pas compté leur temps et rentrent dans le rang : Anne, Jean-Paul, Bernard, Philippe et Firmin.

Evénements artistiques encore, Saint Nicolas vient d’étrenner un nouveau char et des crosses lumineuses pour le cortège, qui marquent le 60ème anniversaire, grâce à l’appui de la Loterie Romande. Merci aussi à notre amie Viktoria, venue d’Arménie par amour à Bulle il y a déjà bien quelques années, qui a conçu le projet et l’a réalisé avec la gracieuse complicité des artisans métalliers de la Maison Bernard Sottas. D’autres artistes ont bien voulu également honorer notre tradition : Jean-François Michel, compositeur-trompettiste, a créé tout spécialement trois superbes pièces musicales pour les cuivres de nos Flonflons. Grâce à l’appui généreux de Gruyère-Energie, l’entreprise par qui la lumière et le son vous arrivent en cet instant et tous les jours que Dieu fait, ce musicien d’exception a trouvé en lui-même l’inspiration qui mène aux musiques paradisiaques. De même, le peintre animalier Jacques Rime a insufflé une vie pleine de poésie aux nouvelles étiquettes de nos biscômes, nouvelle fable rassemblant l’âne et le renard.

Enfin, et pour clore, Saint Nicolas vous propose deux rendez-vous. Ce soir déjà, au loto des adultes, où vous pourrez suivre grâce à la 60ème et traditionnelle saynète les pérégrinations de « L’invité surprise », et recevoir le non moins traditionnel biscôme au miel du paradis, bourré de vitamines et souverain, paraît-il, contre les grippes et les refroidissements.

Le second, ce prochain samedi matin à la Chapelle des Capucins, pour le Kiosque à musique, orchestré par Jean-Marc Richard qui recevra parmi d’autres groupes Saint Nicolas et sa musicale confrérie.

Bullois, bulloises, gens de partout, Saint Nicolas vous souhaite d’excellentes fêtes de Noël et de Nouvel-An, vous serre sur son vieux cœur et vous bénit !

4 décembre 2005

P.-S.

Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d’en être les organisateurs