Les Tréteaux de Chalamala

Discours 2000

Bulloises, Bullois, Gruériennes, Gruériens,  amis de partout et surtout chers enfants,

En cette dernière année du 2ème millénaire, le bug annoncé a laissé aux jours et aux semaines le temps de s’écouler avec leurs lots de surprises, d’événements culturels et politiques, et du haut de ses lucarnes paradisiaques informatisées, Saint Nicolas garde immuablement un œil attentif sur cette bonne vieille terre de Gruyère.

 

Il a constaté que la planète bleue n’a pas été épargnée cette année ! Les guerres injustes, les violences, la pauvreté et la famine, les désastres naturels, les accidents, les magouilles et tricheries rendent lourd et triste le vieux cœur de l’évêque de Myres. Le bonheur est chose précieuse et se gagne lorsque l’on en reconnait les signes ; et le Canton de Fribourg en a eu sa part.

Permettez d’abord deux incartades :

L’une au terme de l’année 1999 et pour se remémorer un discret centenaire. Il n’est autre que celui du Pensionnat Saint Croix. Cent ans d’apostolat éducatif auprès de 14000 étudiantes. La vénérable institution peut se vanter d’être, en qualité de précurseur, la première militante de l’égalité de la femme puisqu’elle a offert un des premiers lieux de formation pour jeunes filles. Depuis quelques années, sa mutation en a fait une maison de retraite offrant aux sœurs âgées un repos bien mérité. Saint Nicolas se veut le porte-parole de la population pour féliciter et remercier pour tant de labeur au service de la jeunesse féminine estudiantine.

La deuxième au début de l’année 2001, commémoration du souvenir ! Le 10 février 1951, l’Abbé Joseph Bovet tirait sa révérence. 50 ans plus tard nous nous souvenons du compositeur sagement populaire qui pourtant fut un novateur et un créateur aux multiples facettes. Il reste un rassembleur au travers de ses compositions, laissant transparaître ce charisme rayonnant, cette chaleur humaine communicative et cet amour profond du pays. Le journal La Gruyère, se questionnait :<< faut-il débarrasser l’homme et son œuvre des oripaux d’une mythologie née dans les convulsions d’une société en pleine métamorphose ?>>. Il appartiendra à l’homme et au temps d’y répondre. Son souvenir reste toutefois bien vivant, preuves en sont les nombreuses manifestations programmées en cette année Bovet : concerts, expositions, conférences, autant d’événements qui relateront la vie et l’héritage culturel du chanoine Bovet.

Confrère nouvelle génération de l’abbé musicien, populaire lui aussi, Monsieur le curé Rémy Berschier a été promu, au dessus de sa déjà lourde charge pastorale, au rang de Doyen du décanat, succédant au père Tschuggmel. L’évêque de Myres adresse des félicitations et des souhaits à chacun, pour le premier la force nécessaire pour accomplir cet apostolat et beaucoup de satisfaction dans sa réalisation, et pour le second une retraite heureuse ponctuée de libertés attendues.

La communauté paroissiale de Bulle quant à elle fut en grande liesse ce printemps ! Effectivement, selon nos fichiers paradisiaques le quartier de Dardens peut se vanter d’avoir le taux de vocations le plus haut du diocèse au kilomètre carré ! Charles Morerod, Alexis Morard et le petit dernier, Nicolas Glasson qui a reçu cette année l’ordination sacerdotale avec grande solennité en les murs de Saint-Pierre-aux-Liens. La Paroisse pourrait afficher fierté et les Bullois s’enorgueillir à l’heure où le clergé vieillissant peine tellement dans son renouvellement.

2000 fut une année présidentielle pour les Amis du Musée. Pas question de quinquénat ou de septenat ! Après vingt-sept ans de présidence maxi-active, maître Jacques Beariswil a passé la main à Jean-Paul Bochud successeur au maintien, à l’évolution et à l’enrichissement de ce domaine particulier et culturel.

D’ailleurs le changement est aussi à l’heure de la technologie au sein du Musée Gruyerien. Sa célèbre bibliothèque a troqué ses nombreux tiroirs contre un système informatique performant. La voilà donc entrée sur la scène médiatique puisqu’elle est aujourd’hui intégrée au réseau des grandes bibliothèques romandes, de même qu’a celui de la bibliothèque paradisiaque !

La Gruyère et son chef-lieu, cette année encore sont restés hauts lieux de culture et de manifestations. Une palette d’événements fort bien achalandés l’a prouvé ! Il serait trop long d’en énumérer la liste, bien que certaines aient particulièrement retenu l’attention de Saint Nicolas.

En mars un carnaval à la sauce Bambull’à, nouvelle formule, s’est taillé un franc succès pour cette première édition où les enfants sont restés avec Arlevin les rois de la fête. Les plus grands ont pu goûter à de festives nuits dans les locaux d’Espace Gruyère. Des échos cacophoniques se sont faits entendre jusqu’en Paradis, et quelques membres de notre confrérie ont eu recours aux alcacelzers pour soulager les migraines des lendemain de fêtes.

Littérature passionnante que celle inspirée par Pierre Nicolas Chenaux qui ne se recroqueville pas dans sa légende ; les vieilles rivalités entre Gruyeriens et Fribourgeois ainsi que la chute des idéologies politiques ne l’on pas repoussé aux oubliettes. Il inspire encore notre révolutionnaire ! L’histoire se mue en fiction où Marengo doit à Jaeger les 340 pages d’un ouvrage qui offre une dimension nouvelle et romanesque au mythe de ce héros cher aux cœurs des Gruyeriens.

Les cœurs ont également battus à Estavannens ! Une fois encore Phoebus a offert de chauds rayons à la 6ème Poya, qui placée sous le signe de la diversité et de la convivialité a attiré plus de 60’000 visiteurs de partout. Une réussite incontestable, et le petit village aux portes de l’Intyamon s’est fait écrin des richesses du passé et du présent, de l’agriculture et de l’artisanat. Nombreuses sont les personnes qui ont œuvré dans cette organisation, et Saint Nicolas s’est réjoui de retrouver à la présidence Raymond Gremaud, défenseur et gardien de ce riche et beau patrimoine.

Le premier salon du Goût et du Terroir d’Espace Gruyère a su marier les gourmandises de l’œil aux délices du palais. Ces milles petites gâteries auraient-elles été nourricières pour les supporters de la Grande Boucle qui se sont massés le long de la route pour encourager les géants du cyclisme ?

Au cœur de l’automne, les week-ends musicaux de Bulle ont enchanté les mélomanes, et les échos ont atteints les oreilles des flon-flons fort sensibles aux mélodieuses résonnances de ces concerts classiques, préludes à la corrida qui a réuni une impressionnante ‘’écurie’’. C’est la course sympathique à opposer, puisque en simultanéité à la course à la Maison blanche où un vent de dopping électoral aux effluves de magouilles politiques alimente une burlesque controverse.

En parlant langage politique, les événements nourrissent de fort belle manière les débats populaires et Saint Nicolas, le patron du Canton y reste toujours attentif.

Afin de resituer le contexte, il est important de se souvenir que les Fribourgeois avaient confié le bébé de la nouvelle Charte Cantonale aux bons soins d’un cénacle à élire et non à la nourrice du Grand Conseil ; d’où l’espoir d’assister à une aventure civique moins politisée qu’à l’ordinaire. Il semble que cette utopie a pris ces dernières semaines un sérieux coup dans l’aile, malgré la brise printanière qui a soufflé sur la Constituante au soir du 12 mars. Une cure de jouvence allait-elle s’offrir en élevant au pinacle de la pyramide des élus trois jeunes étudiants du Collège du Sud ? La réponse nourrit la controverse lorsque l’on constate que les partis traditionnels sont représentés en force, et Saint Nicolas de s’interroger si les Fribourgeois ne seraient pas quelques peu frileux de changements ?

Cette année, les écrans paradisiaques ont aussi suscité la constitution d’un conclave multilinguiste muté en observateur de l’évolution des grandes idées de l’Instruction Publique Fribourgeoise ! Rarement la campagne a été si animée, et le peuple a finalement rejeté cette modification de la loi scolaire qui prévoyait une part d’enseignement bilingue dès les premières années d’école. Stupeur et crime de lèse-majesté que pareil désaveux de la classe politique qui a été, à une exception, unanime à soutenir ce projet mitonné par le département de Saint Augustin ! L’immersion fini donc en naufrage ! Il n’est certes pas celui du Titanic, mais force est de constater que cet objet a rejoint le cimetière des grandes idées au souffle court.

Le taureau bullois se trouve bien soucieux en cette fin d’année. Les caisses communales prendraient-elles l’apparence du caméléon épousant ainsi le rouge des armoiries de la ville ? Les finances semblent donner quelques cheveux gris à nos Conseillers ! Le chef-lieu suivra-t-il l’exemple de ses petites sœurs de l’Intyamon qui ont signé cette année grande prise de conscience en adoptant l’idée d’un avenir collectif ? Cette révolution inéluctable sera certainement le choix du bon sens que la réalité se chargera de rapidement conforter. Une question reste ouverte, à savoir si chacun attribue un sens identique au terme fusion ?

A l’heure ou fusion rime avec restructuration, l Ville de Bulle s’est offerte une belle pagaille dont les secousses sismiques se sont fait ressentir jusqu’aux confins du Paradis. La nouvelle numérotation et quelques changements de noms de rues ont provoqué un vent de panique dans le personnel du secrétariat de Saint Nicolas. L’ange Gabriel en a perdu son latin, les angelots quelques plumes et la secrétaire, Sainte Josiane n’en dormait plus, croyant à un virus dans le système informatique du réseau paradisionterrestre, au risque de compromettre la visite de l’évêque de Myres dans cette bonne cité ! Heureusement le pot aux roses a été découvert à temps et ainsi nos fichiers ont pu être mis à jour.

Saint Nicolas n’était pas au bout de ses surprises dès son arrivée sur terre ! Effectivement, la nouvelle configuration de certains carrefours donnant accès à quelques quartiers résidentiels a donné des sueurs froides au chauffeur de la jeep paradisiaque. On a cru à une nouvelle piste de combat et il s’en est fallu de peu à la joyeuse cohorte pour rebrousser chemin et s’en aller quérir notre fidèle âne Basile, dont la morphologie semble plus adaptée en terrain accidenté. A la réflexion une verge à l’ingénieur de ville pour un clin d’œil de remontrance !

Changement d’adresse également pour la troupe des tréteaux de Chalamala, non pas à cause de la nouvelle numérotation, mais de l’acquisition d’un bâtiment ‘’bien à eux’’ ! Depuis leur création en 1945, les Tréteaux ont vogué d’un local à l’autre, tels les saltimbanques moyennageux contemporains de leur digne bouffon. Enfin la récompense est arrivée ! Est-elle sortie tout droit de notre hotte aux merveilles ? sans nul doute ! Ce nouvel espace spacieux et fonctionnel se conjugue également avec la polyvalence puisqu’il est aussi la nouvelle résidence bulloise de Saint Nicolas, qui gardera toutefois pour les grandes officialités du dimanche le toit de son Hôtel-de-Ville et le ciel étoilé des ruelles aux mille lumières scintillantes.

Cette année encore le thaumaturge et ses noirs compagnons doivent remerciements à la troupe théâtrale de Bulle, qui sous la marotte de Chalamala accueille depuis plus de cinq décennies la compagnie de Saint Nicolas, permettant cette traditionnelle périgrination bulloise, multipliant les déjà nombreuses visites aux enfants et à leurs familles, à nos aînés, aux malades et aux démunis. Aussi à chaque début décembre la magie du rêve devient réalité merveilleuse, avec ses odeurs de biscômes, de miel du Paradis, de friandises, avec ses échos cuivrés de musiques paradisiaques permettant à chacun les retrouvailles avec son cœur d’enfant, laissant la place à l’émerveillement en oubliant l’espace d’un instant les tourments de la vie. Saint Nicolas se veut le messager immuable du bonheur et du rêve, semant sur son chemin les milles étoiles de l’espérance et de l’amour.

Avec ses épiscopales voeux pour les fêtes de fin d’année, Saint Nicolas vous salue, vous bénit, et vous serre sur son vieux cœur.